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Le voile de la pudeur

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Le voile de la pudeur dans Petites histoires 100316123726803575638420 

Bonjour à tous,

 » Il était une adorable enfant « , me dit la déesse Parvati,  » qui aimait rire et jouer innocemment avec les garçons de son âge.

Elle ne prêtait jamais attentions aux remarques désagréables de sa mère qui lui répétait sans cesse que son comportement devenait inconvenant.

C’était une très jolie petite fille, douce, enjouée, tel un rayon de soleil elle égayait tout sur son passage joyeux. Elle faisait la joie de son père et en réalité la fierté de sa mère qui ne le lui disait pas.

Cette dernière passait plutôt son temps à la gronder, ce que l’enfant prenait pour du mésamour. Elle ne comprenait pas pourquoi sa mère ne l’aimait pas.

Elle aimait jouer avec des garçons, mais où était le mal ? Ils ne faisaient que s’amuser.

Ce que cette belle et innocente enfant ignorait, était que sa mère réagissait en fait à ce qu’elle percevait. Tout le monde dans leur petit village parlait, racontait que sa fille, sa chair, son rayon de soleil avait laissé s’échapper le voile de la mariée auquel toutes les jeunes filles vertueuses s’accrochaient encore à ce jeune âge.

La mère s’avait qu’il n’en était rien, elle connaissait son enfant, c’était l’innocence incarnée. Mais cette belle fillette avait déjà la vingtaine et il devenait difficile d’empêcher les gens de parler.

Alors un jour, la mère est allée voir le père et lui a dit qu’il était peut-être temps d’envoyer leur bébé adoré étudier loin de la maison.

- Ma petite fille, pourquoi veux-tu l’éloigner demanda le père ?

- Mais enfin tu ne vas pas me dire que tu n’entends pas les rumeurs ? Tout le village ne parle que de notre fille !

- Elle est jeune, il est normal qu’elle fréquente des jeunes gens. Et puis nous lui faisons confiance, répondit-il.

- Bien sûr que nous lui faisons confiance. Toi et moi étions déjà bien expérimentés quand nous nous sommes mariés. Mais nous sommes restés discrets lorsque nous nous sommes installés ici. Elle est restée si pure et naïve. Tu l’appelles encore ta petite fille, ce n’est pas pour rien ! Son comportement nous couvre de honte !

Le père lança un regard furieux à la mère.

- Quand je t’ai connue, tu ne savais même plus où tu avais laissé glisser ton propre voile. Alors dans quoi oses-tu te draper aujourd’hui ? Tu vas renier ta fille pour avoir agi comme toi ?

- Je t’interdis de me parler ainsi, répondit la mère offensée, je ne la blâme pas pour ce qu’elle fait, je lui reproche son manque de discrétion.

- Pourrais-tu me nommer avec certitude un seul de ses amants ?, demanda alors le père en se détendant.

Il était sur le point d’éclater de rire.

La mère réalisa alors que non, elle ne le pouvait pas. Sa fille si belle si charmante et si libertine, ne se cachait pas quand elle souriait à Untel ou Untel. Mais bien malin qui aurait pu dire avec certitude avec qui elle était allée ou pas.

La mère se détendit à son tour. Les jours passèrent, sa belle enfant faisait de nouveau sa joie, sa fierté et elle n’était plus jamais fâchée.

Puis soudain une nuit, une femme frappa à leur porte. Une femme veule et jalouse qui regrettait ses jeunes années passées à mener une vie monacale et morne auprès d’une mari violent et impuissant car buvant trop pour pouvoir s’occuper d’elle.

Cette femme enviait le beau petit rayon de soleil. Elle lui reprochait sa jeunesse, sa beauté, sa liberté, son innocence, une pureté qu’elle-même n’avait jamais eu et surtout, elle lui enviait ce qu’elle savait être son secret.

Car la magnifique enfant qui s’affichait partout avec de beaux jeune hommes, n’avaient pas tant d’amants en réalité. Elle était totalement vierge.

Contrairement à tant d’autres hypocrites de son âge qui feignaient d’être les vertueuses et parfaites futures épouses que tout le monde attendait.

Comprenez bien, ce ne sont pas les occasions qui avaient manqué à cette belle enfant, c’est plutôt du coeur que venait le blocage.

Malgré sa vingtaine bien engagée, elle ne tombait pas amoureuse.

Et cela, la vieille aigrie le tenait de la bouche d’un des soupirants éconduits de la belle, à savoir un de ses neveux.

- Elle ne sait qu’aguicher, lui avait-il dit, mais lorsque je lui ai proposé d’aller plus loin, elle m’a répondu pas avec toi. Alors je lui ai demandé avec qui, elle m’a répondu qu’elle ne savait pas encore.

En entendant de telles paroles, la vieille commère s’était dit qu’elle allait pouvoir en raconter de belles, une allumeuse, ce n’est pas mieux qu’une traînée.

Seulement, avant, c’est aux parents, bien trop heureux à son goût, de la demoiselle qu’elle voulut aller parler. Un couple amoureux, qu’elle n’avait jamais pu supporter.

- Bonsoir, leur dit-elle mielleusement tandis qu’ils lui faisaient signe d’entrer.

- Bonsoir, qu’est-ce qui t’amène ma chère ?, demanda la mère.

- Oh, je viens par courtoisie. Je ne suis pas une médisante, tu le sais. Toi et moi sommes amies de longue date.

Cette langue de vipère, pensa la mère qui répondit tout de même :

- C’est certain, assieds-toi donc.

Le père préférait les laisser entre elles mais la vieille le retint. Elle expliqua qu’elle venait les entretenir d’une chose très délicate, que de devoir le faire déchirait son coeur mais qu’il fallait qu’elle le fasse, au nom de cette vieille amitié qui les unissait.

- Nous t’écoutons, finit par dire sèchement le père.

La vieille esquissa ce qui devait être un sourire avant de poursuivre.

- La plus grande richesse de nos filles, vous le savez, c’est leur voile naturellement. Je suis fière de dire que je n’ai ôté le mien que devant mon légitime époux.

- Où veux-tu en venir ?, s’énerva la mère.

- Ma chère amie, ton enfant chérie est d’une beauté telle, qu’elle fait la renommée du village, tu le sais.

- Oui ?

- Mais, son comportement mon amie, son comportement…

- Tu es venue jusqu’ici pour dénigrer et calomnier notre fille, s’insurgea la mère tandis que le père restait silencieux.

- Ma chère, je suis outrée que tu oses me parler ainsi, nous nous connaissons depuis longtemps. Tu sais que je ne suis pas de ces personnes qui parlent sans preuve. Je suis venue vous parler du comportement inconvenant de votre fille qui aime aguicher des tas d’hommes pour leur dire non au dernier moment.

J’ai pensé qu’il était du devoir d’une amie de vous apprendre cela. Je n’ai pensé qu’à vous mettre en garde, voilà comment vous me recevez pourtant !

- Et bien c’est très gentil à toi mais tu aurais pu t’épargner cette peine, répondit alors calmement le père.

Sache qu’il n’y a rien dans cette maison qui puisse nous faire honte. A l’instant où nous parlons, notre fille est dans sa chambre, avec ce jeune homme qu’elle nous a présenté hier.

C’est quelqu’un qu’elle aime, enfin, et c’est parce que nous sommes sincèrement heureux pour elle que nous les recevons sous notre toit.

N’oublie pas de saluer ton frère et son fils de notre part à tous en rentrant, acheva-t-il devant la vieille aigrie scandalisée par ce qu’elle venait d’entendre.

- Votre fille, vous acceptez qu’elle reçoive son amant chez vous ? Mais enfin, vous la laissez jetez son voile comme ça, le sien et celui de toute votre famille !

Quand les gens du village sauront ça, ils vous montreront du doigt ! Et si après ce soir il ne lui plaît plus et qu’elle en reçoit un autre ?

C’est du voile de la honte que vous serez tous parés ! Vous y avez pensé ?

- Ma chère, répondit enfin la mère qui avait retrouvé son calme, nous y avons pensé il y a une semaine quand elle est venue nous dire en pleurant qu’elle avait été éconduite par celui qu’elle avait cru être le prince charmant.

Nous sommes donc ravis de la voir sourire à nouveau.

- Une semaine !, s’insurgea la vieille, Comment pouvez-vous encore marcher la tête haute ?

- Mon amie, tu y parviens bien, drapée dans ton voile de pudeur amère. Nous autres, nous vivons libres. Qu’aurions-nous à cacher ? Notre fille est notre bonheur. Nous l’aimons telle qu’elle est, l’Amour ne supporte pas de pudeur, peux-tu le comprendre ?

- Vous êtes des inconscients tous les deux. Qui voudra acheter la vache maintenant que la distribution de lait se fait gratuitement ? Les vieilles filles ne sont pas très populaires par chez nous, les filles faciles encore moins !

- Je te répète ma soeur que l’Amour ne supporte pas de pudeur, poursuivit tranquillement le père.

- Ne m’appelle plus jamais ainsi, par égard pour notre ancienne amitié, je vous laisse une semaine pour annoncer le mariage de cette petite. Mais après cela, j’espère que vous saurez ce que vous me devrez !

- Nous ne te devons rien. Va et raconte ce que tu voudras.

La vieille aigrie ne se fit pas prier. Elle répéta au mot près la conversation qu’elle avait eu avec les parents du petit rayon de soleil.

Cette belle enfant, déjà l’objet des pires calomnies, devint bientôt la paria du village. Son bel amoureux ne supporta pas longtemps, il la quitta.

Sa joie diminua nettement à mesure que les insultes se renforçaient sur son passage. Elle en vint à ne plus vouloir sortir de chez elle et regretta bientôt d’avoir laissé s’échapper le voile de la pudeur.

Ce fut sa mère qui alla la consoler, son  père restant étrangement distant avec elle sans pour autant lui faire comprendre qu’il l’aimait moins car il n’en était rien.

- Ma pauvre petite, je t’ai raconté maintes fois ce que je faisais à ton âge. Le voile de la pudeur est une hypocrisie à mon sens. Mais il est sacré par chez nous. Va-t’en, ici tu ne seras jamais heureuse. Personne ne te comprend en dehors de nous. Je t’aime c’est pourquoi je te parle ainsi.

Pars, va vivre ta vie. Ton père et moi t’aiderons à recommencer ailleurs. Nous en avons déjà parlé tu sais. Surtout n’aie honte de rien.

- Mais de quoi aurai-je honte maman ? Je n’ai rien fait de mal !

- Je suis ravie de t’entendre parler ainsi ma fille.

- Je veux seulement être moi-même.

- Je sais bien.

- Je ne veux pas partir.

- Ma chérie, plus aucun homme des environs ne voudra de toi. Tu as vu, ils ne te courtisent plus.

- Tu as bien trouvé papa !

- Ton père, c’est lui qui m’a trouvé, sur le bord du chemin. C’est là que j’avançais et ce n’était pas drôle. J’ai vécu en prostituée après que ma famille m’ait reniée. Ca, je ne te l’avais pas dit.

J’ai connu beaucoup d’hommes, ton père est le seul à avoir su posé sur moi un voile protecteur doux et chaleureux. Le seul à en avoir eu envie aussi.

La liberté se paye cher par ici, trop cher. Va-t’en. Vis ta vie loin d’ici, vis la vie que tu désires. Tu mérites d’être aimée comme ton père m’a aimée et m’aime encore.

- Et si je ne trouve personne nulle part ? Et si partout les choses se passent de la même manière ?

- Je n’ai rien d’autre à t’offrir que de l’espoir. Accepte-le et avance. Il y aura d’autres déceptions dans ta vie. Mais tu ne verras jamais se refléter ta propre Lumière si tu la gardes en toi. Et tu palis de jour en jour.

La fille avait écouté attentivement la mère. Ses conseils étaient généreux et sensés. Ce passé de prostituée, elle ne le connaissait pas, mais curieusement il ne la choquait pas.

Pourtant, elle si disait qu’elle aurait bien du mal à faire de même. Comment sa mère avait-elle pu ? Elle se résolut à lui poser franchement la question.

La mère sourit avant de répondre :

- Ce que je vais te dire, je l’ai tu à ton père jusqu’à aujourd’hui. Le premier homme que j’ai connu était mon oncle et j’avais à peine 13 ans.

Il m’avait forcé comme tu t’en doutes, et ceux que j’ai connu après, je me suis donnée à eux pour essayer d’oublier. Il n’y a qu’avec ton père que l’amour est devenu l’amour.

Aujourd’hui, il s’agit davantage de respect mutuel, d’admiration. Tu es surprise ? Tu sais petite, la vie n’est pas simple. Tu apprendras différemment, mais tu le comprendras.

Cette extase, ce feu, ce sont des illusions qui ne durent pas. Et l’Amour qui ne s’éteint pas, je pense qu’à ma façon je l’ai trouvé, même s’il ne ressemble sûrement pas à l’idée que tu t’en fais.

Je suis heureuse auprès de ton père. Toutes les femmes ne peuvent en dire autant de leur mari.

En tout cas, continue de croire que tu trouveras ce que tu cherches. Même si c’est une chimère qui n’existe pas. J’ai bien trouvé ton père alors que je pensais qu’un homme bien était un homme qui me regardait pendant qu’on faisait l’amour.

Lui, non seulement il me regarde, mais en plus je sais qu’il m’a vue dès le départ.

Redresse donc la tête. Ton père a raison de penser qu’il n’y a rien dont nous devrions avoir honte. Je lui parlerai de mon oncle, quand tu seras partie.

Peu importe que tu trouves ou pas, l’essentiel est que quoiqu’il arrive tu continues de t’aimer. C’est le plus beau cadeau que ton père m’ait jamais fait, il m’a appris à m’aimer.

Aime-toi ma chérie, et tu seras heureuse.

Le petit rayon de soleil s’en alla quelques jours plus tard. Les années succédèrent vite aux mois. Elle rencontra un homme, plusieurs, eut mêmes des enfants, de deux pères différents. Toutes ces relations, souvent passionnées comme elle aimait, ne la comblèrent pas sur le long terme.

Toutefois à la fin de sa vie, quand une de ses amies lui demanda s’il lui restait des regrets, c’est avec sincérité qu’elle put répondre non, aucun. »

 

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19 Commentaires

  1. crystallia

    16 mars, 2016 à 10:56

    Bonjour Fleur,

    Merci à toi.

    Bise ;)

  2. Fleur

    16 mars, 2016 à 10:37

    Bonjour Sylvie,

    Je viens de relire cet article, c’est une belle histoire d’Amour !

    J’ai particulièrement retenu ces deux phrases :
    « Mais tu ne verras jamais se refléter ta propre Lumière si tu la gardes en toi. »
    « Aujourd’hui, il s’agit davantage de respect mutuel, d’admiration. »

    Merci,
    Bises !

  3. crystallia

    24 mars, 2010 à 23:01

    Merci à toi Sarah.

    Bise ;)

  4. Sarah

    24 mars, 2010 à 18:30

    Salut c’est ma première visite sur ton blog (et pas la dernière!)
    J’adore ce passage :
    « Tu ne verras jamais se refléter ta propre Lumière si tu la gardes en toi » … Magnifique, vrai & inspirant…
    Merci, je note cette phrase & je sens qu’elle va beaucoup m’aider (c’est déjà le cas je crois!)

  5. crystallia

    22 mars, 2010 à 0:10

    Si je te comprends. Chacun ets touché différemment en fonction de son vécu.

    Bise et bonne nuit à toi ;)

  6. qualine

    22 mars, 2010 à 0:04

    merci pour ta réponse !
    cette histoire marque alors la fin de ta page !
    ok….
    bizarrement j’ai l’impression que cette histoire commence une page à moi!

    je ne sais pas si tu me comprends ….
    bonne nuit !
    bisous ma belle !

  7. crystallia

    21 mars, 2010 à 23:42

    Salut Dolo,

    Alors pourquoi cette histoire, parce qu’il est temps pour moi de tourner une page de ma vie pour en écrire une autre.

    Bise ;)

  8. qualine

    21 mars, 2010 à 18:32

    bonjour ma belle !
    tes articles ont toujours une origine … j’aimerais savoir pourquoi tu as écrit celui-ci ?
    si c’est indiscret pardonne moi ma question !!
    bonne soirée à toi !!
    bisous ma belle !!!

  9. crystallia

    21 mars, 2010 à 17:47

    Mdr ! Aluna il doit faire beau chez toi.

    A Marseille au printemps il pleuvait pas mal certaines années, mais il faisait aussi pas mal beau !

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