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La jolie jeune fille

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La jolie jeune fille 14112902223717181812748224

Bonjour à tous,

Il y a cette collègue adorable avec laquelle je discute parfois et qui se montre toujours gentille et souriante. Depuis le départ elle se montre gentille et souriante, je l’aime bien d’ailleurs. Mais figurez-vous que je n’ose pas lui demander son nom. Je veux dire, j’ai dû le savoir mais j’ai oublié. Et je ne me vois pas le lui demander aujourd’hui.

Du coup, ce matin en voulant parler d’elle à un autre collègue je lui ai dit, mince son nom m’échappe, tu sais la jolie jeune fille aux cheveux très longs qui travaille en face. Il m’a « rappelé » son prénom. Avant de me faire part de son étonnement quant au fait que je l’ai désignée ainsi.

J’ai été étonnée à mon tour, je défie quiconque de me dire qu’elle est moche. Il me répond que je dis cela parce qu’elle a les cheveux longs. Je lui rappelle que je n’ai pas grandi en Martinique et que je n’ai donc pas pris l’habitude d’évaluer la beauté d’une personne en fonction de certains critères en usage ici. Je vais vous dire une chose je n’arrive même pas à voir de quelle origine elle peut être. Et je m’en fous. 

Mes parents, eux, sont capables de dire en voyant quelqu’un dans la rue, ce n’est pas un Martiniquais. Je ne sais pas comment ils font cela. Mais je sais qu’il ne sont pas seuls à avoir un tel coup d’œil.

Pendant l’esclavage, une des façons pour les maître de garder le contrôle sur les esclaves étaient d’établir des distinctions discriminantes entre eux. Et les esclaves les plus clairs de peau, ceux qui du fait des multiples viols (appelons un chat un chat), portaient la marque évidente d’un métissage, étaient les mieux considérés.

Figurez-vous que cette distinction-là est restée. Il existe toute une variété de mots pour définir les nuances de la peau noire aux Antilles. Vous allez rire, je ne les connais pas toutes. De la même manière que je ne parle pas créole…

Il n’y a pas que la peau qui importe, les cheveux également. En Martinique comme en Guadeloupe, de beaux cheveux pour beaucoup de personnes, ce sont des cheveux qui ne sont pas crépus. D’où la réflexion de mon collègue.    

Quand j’ai dit la jolie jeune fille aux longs cheveux, il a compris que je faisais partie de ces personnes pour qui la beauté d’une femme s’évalue en fonction de ces fameux critères qui persistent.

Il faut savoir que c’est un sujet très complexe tant il a été difficile pour les Antillais de se trouver une identité. Je veux dire après la fin de l’esclavage. Et en réalité, nous n’avons pas une identité mais plusieurs encore aujourd’hui. Il n’y a pas que des descendants de maîtres et des descendants d’esclaves aux Antilles, il y a des personnes qui sont descendants de maîtres et d’esclaves tout à la fois et des Indiens aujourd’hui disparus et de toutes ces personnes qui sont arrivées après l’esclavage pour remplacer les esclaves justement dans les habitations (domaines des propriétaires terriens). 

En outre pour asservir un groupe il faut le couper de sa culture d’origine, lui en imposer une autre, une nouvelle religion tandis qu’à l’intérieur dudit groupe, certains font tout pour conserver ce qui leur reste d’avant quitte à composer avec ce qui est désormais.

C’est l’ensemble de cela qui constitue l’héritage des Antillais aujourd’hui. Et encore maintenant c’est un héritage douloureux. Je pense que c’est la raison pour laquelle au moins en partie, ces fameuses distinctions persistent.

Pour ma part j’ai grandi en région parisienne. On était ou noir, ou blanc, ou arabe, ou asiatique. Les distinctions je les ai connues en arrivant ici à 16 ans et je suis tombée des nues devant l’importance que certains leur accordaient.

Ensuite je suis allée vivre à Marseille. Ou tout était mieux que d’être Arabe. Qu’il n’y ait pas de malentendu, ce n’est pas là ma propre façon de penser, mais un constat.

Je me souviens par exemple de la raison pour laquelle certains me disaient préférer Aix en Provence à Marseille. Et ne souhaitant blesser personne je vais la garder  pour moi.

La collègue dont je parlais est toute jolie je le maintiens. Mais parce que les traits de son visage sont gracieux. Et c’est ce que je sous-entendais en l’appelant, la jolie jeune fille. Je ne me pose plus la question de ma propre identité. Je me trouve belle parce que je m’aime. Pour l’instant ça me suffit et je constate que c’est ce qui m’a permis d’accepter l’héritage dû à mes propres origines tout en laissant aller la douleur collective.

Vous savez, j’ai pris conscience d’une chose et je suis prête à vous croire sur parole si vous me dîtes ne pas être concerné par cela. Mais vis-à-vis des autres, de personnes qui ont au moins en partie une culture différente comme des origines ou une religion différente, nous sommes une large majorité à buter sur ce que nous allons appeler des détails.

Et ces détails, en réalité, sont rarement insignifiants. Nous leur accordons une certaine importance. Pour quelle raison, je ne sais pas. Je veux dire, pour quelle raison profonde, pourquoi restons-nous sur certains détails ? L’ego et la pensée de masse n’expliquent pas tout. Avec de l’amour ou de la volonté, voire les deux, il est possible de les dépasser. Toutefois c’est drôle, « on » me répond que c’est là l’une des choses les plus difficiles avec lesquelles nous devions composer. Et que c’est la principale raison qui explique que la cupidité l’emporte toujours sur les besoins humains.

Dernière chose qui me vient, il faut accepter les différences évidentes et moins évidentes de l’autre pour pouvoir l’aimer vraiment et parvenir à dépasser les apparences. Alors on réalise qu’il est notre semblable et que chacun complétant l’autre, nous formons un vrai Tout.

Ce n’est pas grave si l’on bute sur des détails tant que l’on parvient à rester suffisamment curieux pour avoir envie de découvrir l’autre quand même.

Ce sera le mot de la fin. 

Bonne journée à tous ;)

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4 Commentaires

  1. Anne-Sophie

    9 décembre, 2014 à 10:10

    Bonjour Sylvie et Laure aussi,

    ton article est magnifique,et relate très complètement une « situation » complexe qui rendent nos quotidiens fort compliqués et assez affligeants….. Mon coeur a fait de larges bons en te lisant. (des bonds d’Amour surpassant largement les « raisonnements » affligeants..) Merci Sylvie, et d’aussi nous avoir parlé d’où vient ta (la, les) culture(s). A cultiver pour que la culture de l’Amour et de toutes nos racines communes, bien que différentes) subsistent et nous aident à aller tous ensemble. Baisers.

    Répondre

    • crystallia

      10 décembre, 2014 à 2:05

      Bonjour,

      Merci beaucoup Anne-Sophie.

      Bise ;)

  2. crystallia

    7 décembre, 2014 à 2:52

    Laure,

    Je suis tellement d’accord !

    Merci à toi.

    Bise ;)

    Répondre

  3. Laure

    6 décembre, 2014 à 14:57

    Bonjour Sylvie,

    ça fait du bien de savoir que d’autre antillais sont ouverts d’esprit et que je ne suis pas la seule à ne pas considérer le type(ou la longueur)de cheveux ou la couleur claire comme un critère de beauté. Je suis née et je vis en Martinique, mais je n’ai jamais compris les raisonnements comme celui de ton collègue.

    Le fait de s’ouvrir aux autres rend les choses plus belles et permet de découvrir de nouveaux horizons, une autre façon d’avancer.

    Répondre

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